Après avoir longtemps consacré ses efforts à faire entrer le rap là où on ne l’entendait pas, Soprano voit aujourd’hui son genre de prédilection devenir la musique préférée des français. Oeuvrant depuis de nombreuses années à libérer les esprits de ses auditeurs, il est de ceux qui peuvent se féliciter du rayonnement toujours plus important de la culture rap. Alors que son huitième album solo, FREEDOM, sera disponible à partir du 21 juin, les années de recul sur sa carrière permettent aujourd’hui de porter un regard nouveau sur ses accomplissements et sur son influence.
La grande prouesse de Soprano tient dans sa capacité à cumuler deux positions a priori inconciliables, en jouissant à la fois du respect de ses pairs rappeurs, et du statut de prétendant au titre de personnalité préférée des français, aux côtés de Jean-Jacques Goldman, Vianney et Omar Sy. Conscient que son naturel et sa vision artistique affranchie des codes traditionnels lui ont permis d’atteindre des sphères qui semblaient inaccessibles, Soprano poursuit sa quête de liberté avec FREEDOM.
FREEDOM a été majoritairement pensé et enregistré au cours de deux séminaires : l’un à Abidjan, et l’autre dans les studios Miraval, propriété de Brad Pitt, ayant récemment permis à Travis Scott ou Justice d’enregistrer leurs derniers albums. Conscient qu’un artiste n’exploite au mieux son potentiel que lorsqu’il est parfaitement entouré, Soprano a principalement travaillé avec Djaresma à la composition, mais aussi avec les instrumentistes Benette Seraphin Kofi (Tiken Jah Fakoly, Soul Bangs) et Yannick Zadi Seri (DJ Arafat, Mako le King), ou encore avec Youssoupha, impliqué dans l’ensemble du processus de création de l’album.
En positionnant le titre éponyme Freedom en entrée de tracklist de ce nouvel album, Soprano livre immédiatement une véritable note d’intention. Morceau dans lequel se côtoient deux ambiances distinctes, il met à l’honneur les deux grandes orientations de Soprano, avec un couplet de rap énergique positionné entre deux performances de chant. Après une première partie axée sur le chant, avec une production volontairement minimaliste et drumless habillée par des chœurs, le marseillais opère un véritable changement de registre avec une interprétation plus dense et fiévreuse.
Déterminé à participer à un réveil global des consciences, Soprano évoque les grandes thématiques qui le préoccupent : le sort de la planète (“l’écologie est notre épée de Damoclès”), le pouvoir (“justice à deux vitesses, manipulation de la presse”), les droits de l’homme, le racisme et les abus sexuels (“si le FN n’est pas raciste, alors R.Kelly est féministe”). Surtout, il profite de ce début de tracklist pour résumer l’état d’esprit dans lequel cet album a été écrit : “libérons nos esprits, et le reste suivra”.
Cette maxime va ensuite dicter l’ensemble du discours de Soprano tout au long de l’album. Qu’il s’aventure sur des ambiances club (En équipe, feat VACRA), qu’il revienne à la formule traditionnelle couplet de rap / refrain assuré par une chanteuse RnB (Apprends-moi feat NEJ), ou qu’il explore les sonorités ouest-africaines (Facile à danser), Soprano appuie constamment l’idée de liberté d’esprit, de pensée et de mode de vie. Guidé par ce besoin de briser ses chaînes mentales, il se livre comme il l’a rarement fait, comme par exemple dans le très introspectif Mes pensées (“je m’appuie sur des cachets pour tenir debout”).
Particulièrement concerné par le monde qui l’entoure, et qu’il laissera un jour à ses enfants, Soprano propose avec FREEDOM l’un de ses albums les plus engagés. Il profite du titre Papa dis moi pour faire intervenir Luna, sa plus jeune fille, et exprimer le point de vue d’une enfant sur le monde actuel. Cet exercice lui permet de verbaliser ses inquiétudes de manière très directe au sujet de l’écologie, de l’évolution de la société, de l’absence d’humanité du monde moderne, ou encore des dérives des réseaux sociaux.
Symbole de sa volonté ferme d’aborder des sujets qui lui tiennent à cœur, la tracklist se conclut sur C24, véritable performance de rap qui rappelle le Soprano des Psy4 de la Rime. Annonçant dès la première mesure ses intentions purement désintéressées (“hey les gars, j’voudrais juste poser un texte”), il livre avec une sincérité désarmante ses peines (“je souris moins depuis qu’on est trois dans les Psy4”) et ses difficultés (“j'ai des soucis à la hauteur d'ma réussite”) tout en réaffirmant sa singularité (“arrête de m'demander si j'fais du rap ou d'la varièt' : j'fais du Sopra', c'est pas parfait mais c'est honnête”).
Reprenant la métaphore de la colombe (nom de son premier titre clippé en solo, puis de son deuxième album solo) pour conclure l’album avec l’image d’une liberté sans la moindre entrave, Soprano profite aussi de ce texte long et dense pour rappeler l’un de ses principaux accomplissements : sa longévité (“putain, j'm'emporte alors qu'à la base j'avais prévu de faire un morceau d'anniversaire, fêter les vingt ans de La colombe avec les trois-quatre générations qui ont suivi ma carrière”).
Quand on fait carrière dans la musique, et en particulier dans le rap, cumuler plusieurs décennies de succès est un exploit dont peu peuvent se vanter. Plus de vingt ans après son premier disque d’or avec les Psy4 de la Rime, le marseillais peut aujourd’hui regarder dans le rétroviseur et mesurer l’ampleur du chemin parcouru. Le titre Goldorak, surprenant par ses effets de voix très prononcés, est l’occasion pour lui de faire le bilan des vingt dernières années (“j’ai traversé les époques comme Daryl Dixon a traversé les zombies”) tout en regardant vers l’avenir (“génération goldorak et j’écris encore l’histoire du rap”). S’appuyant à nouveau sur un changement de production et sur une interprétation opposant chant en première partie et rap énergique ensuite, Soprano se positionne comme un artiste intemporel (“indémodable comme une Stan Smith”) qui compte rester dans la cour des grands pour de nombreuses années.
Entre la sagesse d’un artiste aimé par “trois-quatre générations” et la fougue toujours intacte d’un rappeur qui continue de performer comme à l’époque de ses premiers freestyles, Soprano livre avec FREEDOM un album à la portée universelle, s’adressant aux auditeurs de tous âges et de toutes conditions sociales. Appelant à la réflexion et à la libération des esprits, il est aujourd’hui conscient que son statut (“pas une star, mais un mec connu”) s’accompagne de responsabilités auprès de son audience.
Malgré une forme parfois enjouée (Facile à danser, En équipe, Le M’baba) et une bonne humeur indissociable de sa personnalité, Soprano porte des messages forts, entre espoir, volonté d’émancipation et nécessité de prise de conscience. Soprano le sait : un artiste ne pourra jamais, à lui seul, changer le monde. A travers sa musique, et en particulier avec ce nouvel album, il espère cependant que son message positif pourra faire ricochet et ouvrir la voie à de nouvelles réflexions. Il suffit parfois de peu de choses pour qu’une société ouvre les yeux et s’éveille. C’est avec cette idée en tête qu’il a réalisé FREEDOM : “libérons nos esprits, et le reste suivra”.