interview verino la degaine

Humour


Verino : "Mon public, c'est mon duettiste" (Interview)

L'humoriste Verino a trouvé quelques minutes dans son emploi du temps surchargé pour se confier sur sa carrière et le paysage humoristique français.

A 37 ans, Verino fait aujourd'hui figure de taulier de l'humour en France. Véritable bourreau de travail, il écume depuis 15 ans les scènes de France pour imposer son stand-up spontané et honnête. Grâce à spectacles successifs mais aussi à son omniprésence sur YouTube, le Nancéien de naissance s'est construit une gigantesque communauté de fans, engagée et fidèle, qui est devenue sa principale fierté. Pour son retour sur scène dans la capitale et avant une nouvelle grande tournée en France, c'est un Verino détendu et comblé qui nous a donné rendez-vous au Café français de Bastille pour revenir sur une carrière et une vie qui, bien que très remplie, correspond à ce dont il a toujours rêvé.

Fnac Spectacles : Après des vacances bien méritées cet été, tu reviens sur la scène du Grand Point Virgule à Paris...

Verino : Je mettrais juste entre guillemets le mot "vacances", parce que j'ai trois enfants, du coup... mes vacances vont réellement démarrer maintenant que je retourne sur scène, faire mon métier.

Sur le visuel de ton spectacle, tu stipules qu'il s'agit de "presque la même affiche, mais pas les mêmes histoires" : peux-tu nous préciser un peu plus ce à quoi on peut s'attendre ?

Et bien, même moi je n'en sais pas beaucoup plus ! En gros, mon spectacle a beaucoup évolué depuis un an, et j'avais envie que l'on passe carrément à un nouveau truc. J'ai besoin de jouer en même temps que j'écris, et j'aime bien l'idée d'être en résidence ici à Paris : c'est important d'avoir mes enfants sur place, d'être en contact avec la vraie vie, le monde que j'ai envie de défendre, du coup, être chez moi, dans mon environnement, c'est idéal. Ce spectacle-là a donc des relents de ce qu'on a vu ces sept derniers mois, enrichi de toutes les nouvelles choses que j'ai commencé à gratter cet été, mais aussi de ce que je suis en train de mettre en place maintenant. Cette période-là me permettra d'écrire le nouveau spectacle, qui lui arrivera en janvier pour la tournée, avant de revenir en septembre prochain à Paris, 100% neuf et propre. Mon public, c'est mon duettiste, il faut que j'ai des gens en face à qui parler, donc c'est ça qu'on va avoir, là.

VERINO affiche

Justement, tu as l'habitude de laisser pas mal de place à l'improvisation et à l'interaction avec le public : comment gères-tu cette part d'inconnu tous les soirs ?

On commence à m'identifier pour mes impros, mais pour moi c'est juste la vie : je raconte réellement comment on vit notre truc, ce n'est pas que pour rire. Je parle au gens et je leur parle pour de vrai, donc après c'est comme dans une soirée, c'est-à-dire que si tu es le connard qui tient le verre et qui n'écoute personne, aucun invité ne va se marrer. J'essaie donc de ne pas être comme ça dans la vie, et c'est beaucoup de travail sur soi-même ! De même, sur scène, j'essaie de laisser la place à tout le monde, je veux que ce soit plus qu'un spectacle. Même si ce que j'ai écrit se doit évidemment d'être très bon, j'ai surtout envie qu'on ait un moment. J'aime bien aussi que l'on ne puisse pas voir la différence entre ce qui est écrit et ce qui ne l'est pas, cela crée une espèce d'incertitude permanente. Même moi, en tant que spectateur, quand j'arrive dans une salle et que je ne sais pas ce qui va m'arriver, que j'ai l'impression que le mec est sans filet, j'ai envie de le suivre dans sa folie.

Cela te permet aussi d'éviter une certaine routine aussi, non ?

Clairement. Je suis sur scène quasiment tous les soirs, donc la routine est vraiment l'ennemi numéro 1. A partir du moment où tu maîtrises ton spectacle, que tu le connais par c½ur et que tu montes sur scène tous le soirs, tu as très vite fait de rentrer dans une sorte de locomotive, avec les gens qui rient aux mêmes endroits, etc., c'est l'enfer ! Le stand-up, ça doit pour moi être anti-routinier, on a le devoir d'être honnête et de s'amuser.

"On a le devoir d'être honnête et de s'amuser"


Récemment sur Instagram, tu as posté une carte de France illustrant ton énorme programme de tournée 2019-2020 : cela ne t'effraie jamais de voir tout ce qui t'attend ?

Non, moi ça m'excite. Ça va faire bientôt 15 ans que je fais ce boulot et là, je suis à la meilleure période ma vie, parce que j'ai réussi à créer une vraie communauté, en plus de la "carrière" au sens propre. Je poste mes vidéos quand je veux, je ne dépends pas de la télévision, je suis totalement libre, et les gens qui me découvrent viennent voir en masse mes spectacles. C'est un truc de dingue, pour les tournées, on est complet des mois à l'avance, j'arrive à 14 heures et il y a déjà des gens qui font la queue pour avoir des bonnes places, pour profiter de ce que je vais donner. Dans un sens, c'est une grosse responsabilité, mais que j'attends depuis tellement d'années ! C'est comme ça que j'espérais ce métier : pouvoir raconter des choses sur le plateau, avec des gens qui ont une oreille attentive, et pouvoir avoir une petite incidence sur leur manière de penser, qu'ils soient sensibles à ton discours.

verino itv 1

Tu n'as donc pas du tout peur de partir pour des mois de tournée ?

Non, j'adore au contraire. En plus, ce n'est pas si horrible, car je joue trois à quatre dates par semaine, mais je reviens à Paris donc j'ai le temps de voir mes enfants.

Justement, tu as trois enfants : comment arrives-tu à allier ta vie de famille et ta carrière, qui parait quand même assez hyperactive, vue de l'extérieur ?

C'est vrai que je suis assez hyperactif, par contre je suis aussi ultra-organisé. J'ai une vie assez simple pour mes enfants, parce que le matin, je me lève en même temps qu'eux pour le petit déjeuner, c'est moi qui les emmène à l'école, etc. Ensuite, on se retrouve avec ma femme au bureau parce qu'on bosse ensemble, on y passe la journée et à 17h30, on ferme et on va chercher les enfants. Jusqu'à 20h, je suis avec eux, avant de monter sur scène. Je crois même que pour eux, c'est encore mieux que si je bossais ailleurs, parce que je peux piloter ma journée un peu comme j'en ai envie. Pour les périodes de tournée, c'est chouette aussi, soit j'arrive à revenir assez souvent, soit parfois je les emmène avec moi... Bref, jusqu'ici il n'y a pas de souci.

Du coup, la vie de Verino en tournée, ça ressemble à quoi ?

Entre les spectacles, les vidéos, la production et le reste, j'ai tellement de choses à faire que je suis contraint d'avoir un rythme hyper sérieux. Même en tournée, je me lève tous les matins à la même heure, hyper tôt et je vais m'isoler dans ma chambre d'hôtel pour écrire. J'essaie de profiter de ma chance tout en n'étant pas arrogant : oui, j'ai une position hyper cool parce que mon métier est génial et il me passionne, c'est toujours ce que j'ai rêvé de faire, mais de l'autre côté, je bosse un bon 70 heures par semaine.

"Je bosse un bon 70 heures par semaine"


Pas de vie de rockstar, donc ?

Pas du tout, et ça fait souvent marrer mon régisseur d'ailleurs, qui lui, espérait partir en tournée avec un humoriste et que ce soit la fête tous les jours. La vérité, c'est qu'on mange du quinoa, le soir on rentre à 22 heures... c'est vraiment une vie hyper rangée. Après, il faut savoir que j'ai 37 ans, que j'ai déjà trois enfants et que je suis marié : ça aide aussi !

L'utilisation des réseaux sociaux est également quelque chose d'important dans ton succès : qu'est-ce qu'ils t'apportent concrètement, notamment sur le contrôle de ton image ?

Alors, concernant l'image, les réseaux sociaux me permettent justement de ne pas la gérer. J'ai accès à toute la chaîne : je peux m'exprimer, m'excuser, rétablir mon propos, revenir... j'ai l'impression d'avoir le luxe de pouvoir être honnête et parler librement, et ce encore une fois grâce à cette communauté que j'ai réussi à créer.

Les réseaux sociaux sont aussi totalement intégrés à tes spectacles : c'est pour t'adapter aux usages actuels de ton public ?

Oui, je pense qu'il y avait un peu de ça, surtout au début. Mais en reliant Twitter et mon iPad à l'écran présent sur scène notamment, j'ai aussi trouvé une nouvelle façon d'interagir avec le public. Je suis littéralement quatre mètres derrière le premier rang, donc j'entends les gens rire, c'est moi qui gère le rythme, je réponds en direct, et ça me permet aussi de bien accueillir ma première partie... Bref, cela crée tout un nouveau truc que j'adore exploiter.

En plus de tes spectacles, tu es aussi producteur, ce qui t'oblige, on imagine, à garder un ½il sur toute la nouvelle génération d'humoristes. Quel regard portes-tu sur eux ?

J'aime le regard neuf de cette génération. Les nouveaux stand-uppers débarquent, s'en foutent du passé ou de la célébrité, ils ont davantage d'ambition purement artistique, et regardent seulement si tu es bon ou pas. Ils te respectent pour ton travail. Je trouve cela extrêmement stimulant, car j'ai envie d'être multi-générationnel, j'ai envie d'être aussi bon qu'eux, comme Tony Hawk, qui rentrait encore des figures de malade à 45 ans, tu vois ?

Tu as des coups de c½ur parmi cette génération, outre Tania Dutel, que tu produis ?

Oui, il y en a plein. Je suis par exemple assez fan de ce que fait Adrien Arnoux, vraiment très très fort ; Aymeric Lomperet, génial ; on a ensuite la catégorie un tout petit peu plus "puissante", avec les Roman Frayssinet, Marina Rollman, Tania Dutel, donc, que je mettrais aussi dans cette catégorie-là. Et puis évidemment, les stars Blanche Gardin, Haroun ou Fary... pour le coup, je suis vraiment admiratif de leur travail. Ce sont des gens de ma génération, qui me poussent à bosser toujours plus.

J'imagine que tu n'as aucun souci avec ceux qui viennent de YouTube ?

Non, parce que je pense que chacun crée sa carrière comme il en a envie, et je trouve ça même très "couillu" de sortir du confort de YouTube pour aller affronter la scène. Un mec comme Norman, qui fait 155 millions de vues, il n'a besoin de rien du tout, mais il va quand même tenter le stand-up. Même à l'époque, j'avais déjà beaucoup de respect pour Arthur, quand il était passé de la télé au stand-up. C'est terrible parce qu'on a une espèce de moquerie en France, alors qu'il y a une vraie mise en danger, il n'y a rien de plus instable que ça. Et lui, tout Arthur qu'il est, il a dû avoir un sacré courage pour aller se mettre sur un plateau où il n'y a personne pour lancer les applaudissements, où il gagne beaucoup moins d'argent... il n'avait aucun intérêt réel, donc il l'a fait juste pour l'amour du taff, et moi j'admire ça.

Pour toi, globalement, l'humour se porte bien en France ?

Oui, tant que le monde se porte mal, l'humour se portera bien, et comme c'est de plus en plus le bordel, on est tranquilles quoi, vraiment.

verino itv 2

Certains disent qu'on ne peut plus parler de tout...

En vrai, si, on peut dire ce qu'on veut, il faut juste le dire correctement. Effectivement, si tu veux rire du racisme en faisant l'accent sénégalais, peut-être que c'est un peu daté... (rires) Peut-être que ce n'est plus la bonne manière. Quand un mec prend la parole pour dénoncer quelque chose, il faut qu'il soit marrant, mais il faut aussi qu'il soit clair. Parce que sans être clair, avec l'impact des réseaux sociaux aujourd'hui, les gens ne font que survoler les choses, ne lisent que les titres, donc oui, il faut être subtil, et en même temps très accessible.

Pour finir, quels sont tes prochains projets ?

Mon vrai projet du moment, c'est VOD, pour "Verino On Demand", le site de streaming que j'ai monté en juin dernier. Mon idée est de réussir à créer un outil de diffusion indépendant, (encore une fois), sur lequel les gens peuvent découvrir mon travail. J'y ai mis quatre spectacles, mais aussi 20 minutes d'impro, car c'est ce qui fait mon identité. Pour être honnête, c'est la première fois où j'ai mis mes écouteurs et je me suis fait rire moi-même !

Retrouvez Verino au Grand Point Virgule, puis en tournée dans toute la France en 2020. Réservez vos places sur Fnac Spectacles.

Texte : Hugo Ferrandis / Photos : @ladegaine_