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Humour


Paul Taylor : "La France est encore aux débuts du stand up" (Interview)

Paul Taylor, le plus français des humoristes britanniques, nous a reçu à l'occasion du lancement de son tout nouveau spectacle à Paris.

Après l'énorme succès de son premier one-man show Franglais, Paul Taylor revient à partir du 18 octobre avec So British (ou presque), un nouveau spectacle qu'il présente au Flow, à Paris. L'humoriste qui s'est fait connaitre sur YouTube puis grâce à son programme court What The Fuck France sur Canal + se montre toujours autant fasciné par son pays d'adoption, la France, et les habitudes parfois incompréhensibles - du point de vue d'un Anglais - de ses habitants. A l'approche de son retour sur scène, nous avons donc pu rencontrer Paul Taylor qui, malgré sa récente paternité, a pris le temps de répondre à nos questions sur sa carrière, le stand up ou encore son processus d'écriture, le tout confortablement installé sur la banquette du so french Café Montparnasse.

Bonjour Paul ! Après Franglais, tu reviens donc avec un nouveau spectacle So British (ou presque) au Flow, sur le même principe du moitié anglais, moitié français. A quoi peut s'attendre ton public par rapport à ton premier show ?

Le thème global du spectacle précédent était la langue française, et mes problèmes qui allaient avec. Concernant le nouveau, c'est davantage autour de l'identité, puisque techniquement je suis Anglais / Irlandais, mais j'ai vécu plus en temps en France que dans ces deux pays-là. Néanmoins, je ne me sens pas tout à fait français, mais pas anglais non plus. J'ai donc voulu écrire autour ce cette idée de nationalité, d'identité, de citoyenneté. Après, je viens d'avoir une fille, donc j'ai aussi des blagues de nouveau papa, de mariage avec une Française, etc... En tout cas, c'est du 100% nouveau !

Ce concept du Franglais est du coup devenu ta marque de fabrique. Comment as-tu réussi à appréhender l'exercice au fil du temps ? 

Quand j'ai commencé à faire de l'humour à temps plein après avoir démissionné de mon poste chez Apple, je savais que la seule façon de gagner ma vie en France, c'était de faire un spectacle. Ce n'est pas forcément le cas en Angleterre, où tu peux gagner ta vie et être "connu" en tant qu'humoriste en faisant des Comedy Clubs et des 20 minutes par-ci par-là. Donc je me suis posé la question : "est-ce que je fais un spectacle entièrement français pour les francophones et une version anglaise pour les anglophones, ou est-ce que je mélange les deux et fais une version hybride" ? Il y avait plusieurs raisons pour lesquelles j'ai finalement choisi le bilingue. La première, c'était le constat que je n'avais pas assez de blagues pour faire une heure dans chaque langue, et la deuxième, c'est qu'il s'agissait de quelque chose qui n'avait pas encore été fait en France. De plus, la majorité des gens qui viennent aux spectacles anglophones à Paris sont des Français anglophones. Donc je me suis dit "autant faire un spectacle où même si tu es francophone et que tu ne parles pas du tout anglais, tu comprendras au moins la moitié du spectacle" ! J'ai testé, ça a très bien fonctionné, et il a donc fallu se reposer la question pour ce nouveau spectacle. J'ai décidé au final de conserver les deux, car je me suis dit que ce qui ont vu mon premier spectacle seraient déçus de ne pas retrouver ce même concept.

Est-ce compliqué de trouver le bon équilibre entre les deux langues ?

Au début, j'utilisais beaucoup plus le français, mais et au fur et à mesure, je l'ai pas mal réduit. Cela ne veut pas dire que je calcule, je n'essaie pas de faire absolument du 50/50. Si tu reprends le premier spectacle, c'est 60% français, 40% anglais. Mais tous les francophones disent qu'il y a plus d'anglais, tandis que tous les anglophones disent qu'il y a plus de français. Dans mon nouveau spectacle, c'est vraiment équilibré, mais en réalité, je m'adresse plus à un public francophone qu'anglophone, dans la mesure où il faut vraiment connaître la culture française pour capter les références.

"Je m'adresse plus à un public francophone"


Quand tu écris un spectacle, comment arrives-tu à trouver un humour qui fait rire à la fois les Anglais et les Français ? On se dit que ce ne sont pas forcément les mêmes sensibilités.

Je n'ai jamais vraiment réfléchi à ça. J'écris juste des blagues que je trouve marrantes personnellement, et ensuite je vois si elles fonctionnent ou pas. Après, comme je te le disais, je m'adresse surtout aux francophiles, ceux qui habitent ou ont habité en France, ou bien ceux qui connaissent parfaitement la culture du pays. Si je traduisais entièrement mon nouveau spectacle en anglais, il ne fonctionnerait quand même pas du tout en Angleterre, car il y a trop de références franco-françaises. Par exemple, je raconte à un moment qu'au début, quand les gens me parlaient de Gad Elmaleh, je pensais que son nom était Gadel Maleh, parce que c'est comme ça que les Français le prononcent. Sauf qu'en Angleterre, personne ne prononce son nom, puisque personne ne le connait. Du coup, la blague ne fonctionne pas.

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Après tant d'années passées en France, tu continues encore à être surpris par certaines habitudes des Français ?

Pour moi, c'est une source inépuisable dans le sens où je fais des observations sur les comportements des Français, mais comme tous les humoristes d'ici en fait. Sauf que moi, j'ai un angle de vue un peu différent car j'ai mes comparaisons anglaises à l'esprit. Donc oui, je continue à être inspiré, d'autant plus que les comportements et habitudes évoluent sans cesse, avec les technologies et tout le reste.

Y a-t-il des habitudes purement françaises que tu as fini par totalement adopter ?

Oui ! Par exemple, je suis beaucoup plus à l'aise avec l'idée de râler à haute voix, alors qu'en Angleterre, on râle dans sa tête. Aujourd'hui, si quelqu'un me double dans une file d'attente, j'exprime maintenant haut et fort mon énervement, alors qu'avant je me serais retenu...

"En France, le stand up reste plus théâtral qu'en Angleterre"


Avec ton ½il anglais, quel est ton avis sur le French Humour actuel ?

Ce qui est cool, c'est qu'on est encore, selon moi, dans les débuts du stand-up en France. En Angleterre, cela existe depuis des décennies : il y a des Comedy Clubs partout et le système est déjà hyper en place, avec une hiérarchie très claire. En France, tout est à définir, il n'y a pas de vrais Comedy Clubs. Il y a des lieux qui s'en rapprochent comme le Paname à Paris, mais pour moi ça n'en est pas vraiment un, dans le sens où il n'y a pas de hiérarchie : on est 7 sur le plateau et on fait 5 minutes chacun. Dans un Comedy Club anglophone, tu commences en faisant 5 minutes le lundi. Si tu fais rire, tu reviens peut-être, et au fur et à-mesure tu évolues, et tu peux espérer passer à 10 minutes. Le week-end, le premier qui monte fait 10 minutes et introduit la soirée, le deuxième en fait 20 et le troisième, 40. C'est hiérarchique mais au moins, tu vois vers où tu vas. En France, il y a encore tout ça à définir d'ici les 10-15 prochaines années. Il y a vraiment beaucoup à faire, même si l'humour et le one-man show existent depuis longtemps, le côté stand-up reste beaucoup plus "théâtral" qu'en Angleterre, où les Comedy Clubs sont très accessibles : ça coûte 10 balles, tu y viens pour passer un moment sympa, boire une bière, avec une personne comme toi sur scène pour râler sur le gouvernement ! Alors qu'en France, on est plus dans les théâtres, avec les fauteuils rouges, il n'y a pas de bière, on est tous bien sapés, on vient assister à un vrai spectacle. Mais c'est en train de changer, et c'est ça qui est intéressant !

Est-ce que tu as des coups de c½ur parmi les humoristes français ?

Je ne vais pas être hyper original mais il y en a beaucoup de ma génération que j'aime beaucoup, comme Fary, Panayotis, Tania Dutel... j'ai aussi fait beaucoup de plateaux avec Inès Reg, je la trouvais tellement marrante pendant les 10 minutes qu'on faisait ensemble sur les plateaux. Je suis content qu'elle ait explosé, elle le mérite. C'est un peu la même histoire que pour moi à l'époque, qui avait décollé grâce à ma vidéo sur la bise.

Lequel aurait un humour taillé pour le public britannique ?

Quelqu'un comme Verino pourrait bien fonctionner, parce qu'il a justement ce vrai style stand-up, où il va raconter des choses, mais où la blague reste le plus important. C'est aussi ça qui est différent en France. En Angleterre, peu importe le sujet, il faut que ça rigole tout de suite, les gens n'ont pas envie d'écouter quelqu'un qui va me donner une leçon de vie sur l'écologie s'il n'y a pas de vanne derrière. En France, on est plus dans ce truc d'humour engagé. On peut avoir des longues pauses sans rire sans que cela ne dérange le public, qui peut trouver les réflexions intéressantes. En Angleterre, c'est juste "est-ce qu'il m'a fait rire ou pas ?".

Texte : Hugo Ferrandis / Photos : @ladegaine_