Février, c'est le moment où le théâtre Paris vibre à plein régime. Cette sélection, on l'a pensée pour vous : les pièces théâtre qui vont marquer l'année, celles dont tout le monde parlera dans six mois. Entre vaudeville de qualité, café théâtre intimiste et grandes productions qui bouleversent, voici ce qu'il faut absolument voir sur les planches parisiennes en ce moment.
Le vaudeville a eu ses lettres de noblesse au début du XXème siècle grâce à Feydeau, et si vous êtes amateurs du genre, vous connaissez certainement Barillet et Grédy, les maîtres du "théâtre de boulevard de qualité" qui ont fait les grandes heures de la célèbre émission télévisuelle «Au théâtre ce soir" dans les années 70. POTICHE fait partie de ces classiques dont on ne se lasse pas : créé en 1980 avec Jacqueline Maillant dans le rôle-titre, la pièce a également été adaptée au cinéma avec une inoubliable Catherine Deneuve ; Clémentine Célarié reprend le rôle à partir du 12 février et c'est sans nul doute l'un des évènements théâtraux de cette rentrée : la personnalité truculente de l'actrice, sa formidable présence et sa capacité à incarner toutes sortes de personnages vont faire fonctionner vos zygomatiques à plein régime. Philippe Uchan, qui est un acteur connu du grand et petit écran ainsi que Jérôme Pouly tout juste sorti de la Comédie-Française viennent compléter la distribution, sans oublier Paloma, lauréate de la première édition de Drag Race France. Tous à vos agendas !
Depuis des générations, Cyrano de Bergerac fait les belles heures des scènes de théâtre de France et de Navarre. Ce chef d'œuvre d'Edmond Rostant a été maintes fois incarné, par les plus grands acteurs, en commençant par Coquelin, qui a créé le rôle en 1897. Alexis Mickalik a écrit sa pièce Edmond en l'honneur de l'auteur, Edmond Rostand, et plus généralement de l’oeuvre. Jacques Weber a lui-même incarné le plus célèbre nez du théâtre en 1983, dans une mise scène du regretté Jérôme Savary. Et depuis plus de 40 ans, Jacques Weber vit avec le personnage de Cyrano, et c'est donc naturellement qu'il a choisit de nous faire partager cette "cohabitation" afin de nous parler aussi de son amour de la scène, du théâtre, des vers et de la prose. Un moment suspendu, que la Pépinière Théâtre qui présente aussi plein de chouettes spectacles comme "Les Gros patinent bien", "La disparition de Josef Mengele" ou encore "C'est comme ça » a le secret.
En 1973, le film "Les Aventures de Rabbi Jacob" sort sur les écrans. La France de Pompidou assiste impuissante à l'escalade de violence qui a lieu au Proche-Orient et qui aboutit à la Guerre du Kippour. Georges Cravenne est un homme de la jet-set à qui tout réussi : il a l'oreille des plus grandes stars, des politiques et il flirte avec l'industrie du cinéma américain en "gagnant" la promotion du "Parrain" ! IL est surtout très amoureux de sa femme Danielle, exaltée, flamboyante, solaire aussi, qui embrasse la cause palestinienne bien que convertie au judaïsme. Et c'est cette histoire que raconte cette pièce très étonnante, écrit par Jean-Philippe Daguerre, déjà maintes fois récompensé pour ses créations (Adieu Monsieur Haffman - Du charbon dans les veines - Molière du Théâtre Privé en 2025) avec une mise en scène très astucieuse qui nous fait revivre les grandes heures de l'ORTF (Jean-Pierre Elkabach entre autres). On y croise aussi Gérard Oury (La Grande Vadrouille), ou Louis de Funès. Danielle décide de s'opposer de toutes ses forces à la sortie du film, elle a pour elle une foi inébranlable en sa cause, et la pièce nous montre également le visage d'une femme qui a compris bien avant tout le monde, la spirale infernale dans laquelle s'enfonçait le monde moderne en pleine consommation d'après-guerre.
Sans nul doute un des événements théâtraux de la rentrée de janvier 2026 : sur scène réunies une mère et une fille, Josiane Balasko et Marilou Bierry, pour la première fois, pour une pièce qui évoque l'amour, mais l'amour qui fait mal. Ecrite par Jean Robert-Charrier, également directeur talentueux de la Porte Saint-Martin et des Bouffes Parisiens, la pièce offre aux deux actrices ce qu'on pourrait presque qualifier de "rôle de leur vie". Josiane Balasko est parfaite dans le rôle de la mère qui tente maladroitement d'aider sa fille, qui, de questions en mains tendues, n'a de cesse de sortir sa fille de l'emprise de son mari. L'actrice, qu'on a tous adoré dans les Bronzés et Le Père Noël est une ordure (Thérèse, minuterie !) apporte sa gouaille, sa bonhomie, ses mimiques si expressives à cette femme qui a elle aussi vécu l'indicible avec un mari violent, qui a fait comme elle a pu, mais qui n'a jamais cesser de vouloir protéger ses enfants. Marilou Bierry est toute en retenue, en sensibilité qu'on voit affleurer lorsqu'elle se retient de tout dire à sa mère, femme amoureuse malgré tout qui veut croire qu'"il" va changer.