C’est sans doute le spectacle musical français le plus attendu de l’année. Reporté pour cause de pandémie, Starmania s’apprête enfin à investir la Seine Musicale, sous l’égide du metteur en scène Thomas Jolly. Retour sur un opéra-rock indémodable, aux chansons intemporelles signées Michel Berger et Luc Plamondon.
Une société ultra-capitaliste niant les problématiques écologiques, une tour d’ivoire pour les grands de ce monde, des terroristes radicaux qui souhaitent dynamiter ce système de l’intérieur, des jeunes (parfois non-binaires) qui ne pensent qu’à la célébrité rapide, des chaînes d’informations en continu qui relatent une actualité anxiogène…
Un condensé de l’année 2022 ? Non, le résumé de l’opéra-rock Starmania, écrit et mis en musique en 1978 par Michel Berger et Luc Plamondon. À l’époque, ce n’était pas encore un spectacle culte. À peine un album dans lequel France Gall réclamait un certain "Besoin d’amour", en compagnie d’autres artistes français et québécois, dont Daniel Balavoine, Diane Dufresne, Fabienne Thibeault ou Claude Dubois. Mais l’année suivante, les tubes s’enchaînent et se mettent en scène au Palais des Congrès de Paris.
Le show, aussi pop que désabusé, dépoussière tout ce qui se faisait alors, atomise par sa modernité les spectacles dépourvus de clinquant, tutoyant le West-End et Broadway, dans le sillage de Jesus Christ Superstar et autres Rocky Horror Picture Show.
Les tubes squattent les ondes et les chaînes de télévision. C’est Balavoine énervé pour "Quand on arrive en ville" ou déchu sur "SOS d’un Terrien en détresse". C’est Fabienne Thibeault en serveuse automate pour qui "Le monde est stone" alors qu’on dort "Les Uns contre les autres". Claude Dubois est en plein "Blues du businessman", tandis que La Chanson de "Ziggy" narre une histoire d’amour impossible. Chaque titre, ou presque, est entré dans la culture populaire. Berger et Plamondon y ont d’ailleurs veillé, n’abandonnant jamais Starmania dans les limbes des spectacles sitôt terminés, sitôt oubliés. Personne n’a souhaité passer à autre chose et l’opéra-rock a continué à grandir, se démultiplier, se transformer.
Dans les années 1980, il va vivre surtout sur les scènes canadiennes, avec des stars locales, avant de s’offrir un second souffle en 1988 grâce à une nouvelle version. Les deux créateurs revoient plusieurs pans de leur copie, redessinent certains personnages. Parmi les chanteurs engagés, Renaud Hantson et Maurane, exceptionnelle en Marie-Jeanne, dont la carrière va alors littéralement exploser.
Le spectacle se fait international et devient Tycoon en 1992, sous l’impulsion du maître Tim Rice à qui l’on doit déjà Jesus Christ Superstar, Evita et bientôt, La Belle et la Bête. Il adapte le spectacle en anglais le temps d’un album au succès phénoménal, car il ne verra jamais le jour sur scène. Il faut dire que le casting avait déjà fort à faire par ailleurs : Céline Dion, Willy DeVille, Peter Kingsbery, Cindy Lauper, Nina Hagen, Tom Jones…
Parce que ses chansons sont reprises en permanence, en français ou en anglais, Starmania aurait pu en rester là : des revivals de temps à autres, des tubes en radio et le souvenir d’un grand moment appartenant aux décennies passées. Mais France Gall, détentrice des droits de Michel Berger, les offre en héritage au producteur Thierry Suc (à qui l’on doit notamment les spectacles de Jean-Jacques Goldman et Mylène Farmer) pour qu’il puisse en monter une nouvelle version. Et ça tombe bien, car les thématiques de l’opéra rock résonnent grandement avec notre époque tourmentée.
Thierry Suc confie la mise en scène à Thomas Jolly, alors directeur du Centre dramatique national Le Quai, à Angers. Le spectacle est alors prévu pour La Seine Musicale au mois d’octobre 2020, avant de partir en une vaste tournée. Mais Cristal, Johnny, Ziggy, Marie-Jeanne, Zéro Janvier, Sadia et surtout le public… doivent prendre leur mal en patience. Pour cause, la crise Covid-19 vient de pointer son nez.
Mais en France, comme au Canada, l’équipe s’étoffe avec des chanteuses et chanteurs venus de The Voice, des chorégraphes de danse contemporaine tels que Sidi Larbi Cherkaoui et Kevin Vivès, ainsi que Victor le Masne, le fondateur du groupe électro Housse de Racket pour la direction musicale.
Budget colossal, mise en scène futuriste entre Orange mécanique et Metropolis, Starmania 2022 dépote sans dénaturer l’œuvre originelle. Une nouvelle version à applaudir jusqu’au 29 janvier à Paris, avant de la découvrir un peu partout en France, en Suisse et en Belgique. Starmania arrive en ville à partir du 10 février 2023, avec sa cargaison d’amour, de blues et de rock en stock.
Starmania jusqu'au 29 janvier à la Seine Musicale, puis en tournée du 10 février au 18 juin 2023. Billets à partir de 29 euros.