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Au-delà des projecteurs : lumière sur 7 femmes à (re)découvrir

05.03.2024 Par Audrey Abouyahia

Elles sont chanteuses, dramaturges, rappeuses ou encore militantes. À l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, on revient sur 7 femmes symboles de résilience, d'innovation et de lutte, qui ont porté ou portent haut les couleurs de la féminité dans des sphères encore trop souvent dominées par des voix masculines. 

Elles ont investi le monde du rap

Souvent perçu comme le terrain de jeu des hommes, Shay et Meryl se sont imposées dans le milieu du rap grâce à leur talent indéniable et leur audace à toute épreuve. 

Shay, “jolie garce” assumée

La rappeuse belge Shay, ancienne protégée de Booba et petite-fille du roi de la rumba congolaise a résolument fait sa place dans le paysage très masculin du rap francophone. Celle qui se décrit comme une “jolie garce” a remporté la Victoire de la Création audiovisuelle pour son clip “Commando” lors des Victoires de la Musique 2024. Elle est actuellement en tournée à l’occasion de la sortie de son troisième album, Pourvu qu’il pleuve.

Avec une volonté de fer, Shay a su imposer son univers très féminin et suave, là où l’on a plutôt l’habitude du style garçon manqué. “Je ne quitterai pas ce monde tant qu’il ne sera pas normal qu’une femme fasse du rap”, a-t-elle affirmé lors d’une interview pour le magazine en ligne Numéro1.

Meryl, celle qui bouscule les codes

La rappeuse martiniquaise, fière de ses racines, chante aussi bien en français qu’en créole. Également auteure, compositrice et toplineuse, elle a composé pour de grands noms du rap parmi lesquels SCH, Gazo, Niska ou Soprano, avant de rejoindre le devant de la scène et de faire partie des étoiles montantes du rap français. Son tube Ah lala cumule aujourd’hui plus de 13 millions de vues sur Youtube. Aussi nommée aux Victoires de la Musique dans les catégories Révélation féminine et Révélation scène de l’année, Meryl fait incontestablement partie de ces artistes féminines à suivre actuellement !

Elles pèsent dans le game des musiques actuelles

Sur la scène musicale ces 10 dernières années, le pourcentage d’artistes féminines s’élève à seulement 22,3%2. Un chiffre qui révèle les défis persistants auxquels font face les femmes dans un secteur dominé par les hommes. Pourtant, des artistes comme Zaho de Sagazan et des initiatives telles que le festival Les femmes s’en mêlent prouvent qu’une nouvelle génération d'artistes féminines est prête à enrichir le paysage musical.

Zaho de Sagazan, révélation féminine 2024

Difficile de penser à la scène actuelle sans évoquer Zaho de Sagazan. Encore inconnue du grand public il y a un an, l’auteure-compositeure-interprète et musicienne a reçu 5 nominations aux Victoires de la musique 2024. Elle a remporté les prix de révélation féminine, chanson originale, meilleur album et révélation scène. Qui dit mieux ? 

Une forte présence sur scène, une interprétation à la Jacques Brel, une voix grave et magnétique, des textes travaillés sur des musiques qui vont de l’électro à la pop des années 80… la jeune artiste s’est imposée avec un style fortement reconnaissable. Zaho de Sagazan est en tournée en France et sera notamment présente sur plusieurs festivals cet été, et ça serait bien dommage de la louper !

Festival : Les femmes s’en mêlent 

Il était déjà là avant les débats sur la parité. Le festival Les femmes s’en mêlent, créé en 1997 à Paris, est une réponse à la sous-représentation des artistes féminines dans le milieu des festivals musicaux.

Depuis sa création, plus de 400 musiciennes et compositrices y ont été programmées avec de grands noms comme Christine & The Queens, Emilie Simon ou encore La Grande Sophie. Devenu itinérant, le festival se déplace dans les grandes villes de France et propose également des ateliers, débats et conférences. Prochain arrêt prévu à Marseille en avril, avec notamment le concert de Jil Caplan.

Elles ont fait avancer la cause féminine

Ces trois femmes, issues de milieux et d'époques différents, se rejoignent par leur courage et leur détermination à briser les barrières. Joséphine Baker, Tina Modotti et Suzie Miller utilisent chacune à leur manière leur art et leur voix pour défendre les droits des femmes et lutter contre les injustices sociales. 

L’intrépide Joséphine Baker

Chanteuse de jazz, danseuse à Paris aux Folies Bergères, incarnation vivante du fantasme colonial, actrice, résistante, militante de la lutte antiraciste et engagée dans la cause des Afro-Américains… Joséphine Baker semble avoir eu mille vies. Elle est l’une des femmes les plus inspirantes du 20e siècle.

Le spectacle autobiographique Joséphine Baker, Le Musical revient sur l'existence romanesque de cette artiste éblouissante et engagée que rien n’arrêtait. Le rôle principal est magnifiquement interprété par la chanteuse et comédienne Nevedya, dont l’énergie représente si bien celle que possédait Joséphine Baker.

La militante Tina Modotti

Tina Modotti est une photographe italienne engagée. Initiée à la photo par son amant, elle prend un vrai tournant artistique lorsqu’elle s’installe au Mexique dans les années 20. Le pays vit alors une époque post révolutionnaire et les photos de Tina Modotti laissent transparaître un vrai message politique et social.

Militante communiste, ses clichés montrent le quotidien des Mexicains, capturant les visages et les silhouettes des petits vendeurs des rues, des paysans, des travailleurs et des enfants des quartiers pauvres. 

Décédée prématurément à l’âge de 46 ans, la photographe italienne laisse derrière elle une œuvre dense qui a résolument marqué le monde de la photo des années 20.

Femme indépendante à une époque où ce n’était pas la norme, 240 de ses plus beaux clichés sont à découvrir au musée du Jeu de Paume, dans l’exposition L’œil de la révolution, qui lui est dédiée. 

La dérangeante Suzie Miller

La pièce Prima Facie est l'œuvre de la dramaturge australo-britannique Suzie Miller. Elle décrit comment la vie de la prestigieuse avocate Tessa Ensler, bascule. Connue pour avoir défendu avec brio des hommes accusés de viol, elle devient victime en étant abusée par un pénaliste de son cabinet.

Elle se confronte alors avec effroi aux failles du système judiciaire britannique et ses innombrables “oui, mais…”. “Oui, mais aviez-vous clairement dit non ?”, “Oui, mais vous aviez bu beaucoup d’alcool”, “Oui, mais n’êtes-vous pas allée volontairement dans cette pièce avec cet homme ?”... 

Tessa endure péniblement le parcours terrible d’une victime de viol : l’épreuve du dépôt de plainte, le regard suspicieux de son entourage, la longue attente avant le procès. Puis le jour J, le travail acharné de l’avocat de son violeur, pour tenter de rendre irrecevables les éléments à charge.

Prima Facie est une pièce qui ne pourra vous laisser indifférent et qui dévoile toutes les failles de la justice à l’égard des femmes victimes de violences, avec un constat simple : quelque chose doit changer. Succès mondial, la pièce a étonnamment  suscité peu de réactions en France, où la législation tend toujours à esquiver le débat sur la notion du consentement.

Bien évidemment, l’ensemble de ces artistes féminines est à aller découvrir, peu importe que vous soyez une femme ou un homme.

Sources

1 www.numero.com/fr/musique/shay-interview-nouvel-album

2 assets.uscannenberg.org/docs/aii-inclusion-recording-studio-jan2023.pdf

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