Photo : Lucie Bascoul
C’est avec une envie et une joie non dissimulées que Théo Le Vigoureux alias Fakear retrouvera la scène et la tournée, en France et en Europe, dès le 3 mars 2023. Un Spring Tour qui sera précédé, en février, par la sortie de son nouvel album : un Talisman très minéral qui marque le retour de l’artiste après deux ans d’intense réflexion existentielle et artistique. Un opus charnière grâce auquel Fakear a retrouvé Théo, Théo a réinventé Fakear.
Animal, Vegetal, Everything Will Grow Again (EWGA)… La planète et sa nature ont toujours été au cœur de vos créations. Seront-elles encore au cœur de Talisman pour lequel vous parlez de « retour aux sources » ?
Oui, sans doute davantage encore que sur les précédents albums où cela restait en filigrane. Mais c’est vrai que depuis EWGA, cela devient de plus en plus explicite. Une question d’opportunités et de rencontres. Avec Camille Etienne notamment qui m’a donné l’opportunité de m’exprimer sur le sujet. Cela prend de plus en plus de place en tout cas, dans ma musique comme dans ma vie de citoyen et d’être humain. Quant à l’idée de « retour aux sources », elle est née de pas mal de choses. Comme pour beaucoup d’artistes, je pense, le confinement a été une période – difficile – de remise en question. Il s’agissait de se chercher une nouvelle identité, une nouvelle manière de bosser. Cette pandémie a coïncidé avec un besoin de questionner mes acquis et mes certitudes. Mon projet, c’est quoi exactement ? Pourquoi j’en suis là ? J’avais comme une forme de mépris pour ce que j’avais fait jusque-là. « Trop simple », « pas assez abouti ». La pandémie m’a permis de tout remettre à plat. C’était un de ces moments dans la vie où l’on ressent le besoin de faire peau neuve pour finalement renouer avec mon projet Fakear, avec le naturel et l’innocence des premiers jours.
Après EWGA, ce nouvel album aurait pu s’intituler Too Late ou After Us, expliquez-vous. Vous sentez-vous fataliste quant à notre avenir ici-bas ?
Si l’on continue ainsi, effectivement je pense que l’humanité pourrait être amenée à disparaître... mais pas la planète. Pour elle, ça va le faire ! C’était tout le message de mon album EWGA : peu importe ce qui adviendra à l’homme, tout finira par repousser. La vie prendra une autre forme. Sans nous. Il y a là une sorte de fatalisme effectivement mais en tant qu’être faisant partie de la Vie, avec un gros « V », c’est peut-être une bonne chose. Qui sait, nous ne sommes que la version beta d’une forme de vie parfaite mais pour laquelle il reste des bugs à corriger... (rire). Donc Too Late aurait sans doute sonné un peu trop noir, mais After Us, pourquoi pas.
Vous avez finalement opté pour Talisman... Pensez-vous que notre salut ne réside plus que dans les vertus protectrices et magiques d’un Talisman ?
Il y en tout cas dans ce titre quelque chose de l’ordre de l’ésotérisme, oui. Par ailleurs, après Animal et Végétal, j’avais envie de boucler sur une note plus minérale. Mais « Minéral » sonnait trop « science » et un peu froid. Avec « Talisman », on insufflait une touche de magie et de lumière. On voit poindre l’espoir. Selon moi la réponse à la question de notre survie sur terre pourrait résider dans toutes ces énergies qui nous entourent. Des énergies que l’on ne comprend pas encore et que l’on maîtrise encore moins. Mais peut-être avons-nous besoin de nous ouvrir davantage pour mieux nous adapter.
« Tout repousse, mon inspiration aussi » dites-vous... Elle était en friche ? Où avez-vous puisé celle qui irrigue ce Talisman ?
J’ai longtemps complexé de mon manque de technicité. Je ne suis pas forcément toujours très appliqué, plutôt du genre bordélique à faire les choses à l’instinct. Je me comparais tout le temps aux autres. J’en avais assez. J’ai donc laissé mon projet en jachère, le temps de faire le plein d’expérimentations. Et c’est ainsi, en « m’amusant » à faire d’autres choses que je me suis retrouvé à revenir doucement mais sûrement là où tout a commencé : « chez moi », dans Fakear. J’y retourne aujourd’hui avec une ambition et une inspiration retrouvées ! Plus qu’une panne, c’était d’ailleurs davantage un refus de ma part de la laisser revenir. Pas facile de devenir soi-même ! Mais avec Talisman, je me sens suffisamment confiant pour balancer mes trips sans retenue, sans calcul. C’est peut-être la première fois que cela m’arrive. Dans Talisman, je crois j’assume de nouveau ces « imperfections » qui auparavant m’amenaient à me comparer sans cesse à la « perfection » des autres. Une perfection que je cherchais à atteindre de façon contre-nature. Sauf que ma nature, c’est justement d’être un peu bordélique, un peu imparfait, foisonnant, un peu baroque...
En attendant, ce sont les pieds sur terre que vous vous apprêtez à entamer une nouvelle tournée. Comment envisagez-vous cet exercice bien « vivant » de la scène ?
Je ne viens pas du monde du club et du DJ Set. Sitôt la création de mes premiers morceaux, je voulais être sur scène pour les jouer derrière mes machines. Autant dire que le live et la tournée ont toujours été pour moi des éléments hyper importants. Ils sont la colonne vertébrale de mon projet. A tel point que si la Covid et le confinement n’étaient pas passés par là, peut-être que ma « crise » artistique de la trentaine deux ans durant n’aurait peut-être pas eu lieu. Mais peut-être était-ce par ailleurs une phase nécessaire... Bref, j’ai hâte de retrouver la tournée, le live et tout ce que ça implique : vivre avec mon équipe technique sur la route, écrire le spectacle, un exercice que je n’avais pas fait depuis 3 ou 4 ans et ça fait du bien !